De l'impact de la lecture sur l'avenir de la planète

J’ai repensé à ton interrogation en voyant cette news:

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La propension de certains individus à prendre les pires dystopies pour des idéaux de vie et à contribuer à les réaliser en toute décontraction ne cesse de m’étonner. Et je n’ai aucune conclusion audacieuse à en tirer qui me permettrait de relativiser à quel point je trouve ça déprimant…

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Je ne sais pas si je suis aussi négatif sur ce point. Certes, ça reste sans doute minoritaire mais j’ai l’impression que le cinéma arrive à faire prendre conscience de certaines choses. Je pense à des films sur les algues vertes ou sur les ravages de l’huile de palme (je n’ai plus les noms en tête désolé) qui ont engendré de vraies prises de conscience chez pas mal de personnes de mon entourage avec changement des habitudes de consommation ensuite.

Ça ne peut pas suffire à changer le monde, comme tu disais, mais ça me semble un bon outil.

Et dans le sens inverse, je pense qu’il est vraiment important de se questionner sur les mondes qui sont créés en fiction. Je n’arrive pas à ne pas me dire que le fait que depuis 40ans la SF ou les œuvres dystopiques nous présentent un avenir sombre où les inégalités sont exacerbées soit sans lien avec notre monde actuel. Cela a infusé dans les cerveaux et a rendu cet avenir acceptable/inevitable. Quand bien même l’intention des auteurs était potentiellement la dénonciation, je pense sincèrement qu’il est grand temps de montrer via la fiction qu’un autre avenir, beaucoup plus enviable et positif. L’imaginaire collectif doit être alimenté par des « voies de sortie » et des avenirs positifs pour inciter les gens à faire aller le monde dans ce sens. « Regardez, on peut vivre heureux et épanouis avec plus d’égalité entre les gens, en consommant moins et en préservant la nature, ça ne va pas nous ramener à l’âge de pierre! »

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Ça existe, et c’est même très à la mode en ce moment.

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Il faut lire « Le ministère du futur » de Kim Stanley Robinson, c’est exactement ça.

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Oui tout à fait. Mais il est, à mon avis, essentiel que ce courant devienne majoritaire dans la fiction et pour du long terme afin d’avoir réellement un impact.

Alors comme c’est un genre auquel je n’accroche pas du tout (tout en lisant énormément de SF), et comme en plus je doute beaucoup de l’influence de la SF sur la marche du monde, on ne va pas être d’accord. :winking_face_with_tongue:

Je ne l’ai pas lu en entier (le style de Robinson me rebute un peu, ça m’avait fait pareil sur Mars la Rouge), mais le début est quand même assez loin du Solarpunk. :grinning_face_with_smiling_eyes:
(quoique ça parle de soleil, mais punaise ce premier chapitre qui te fait transpirer rien qu’à la lecture…)
Mais en effet le bouquin est très intéressant et je pense que j’essaierai d’aller au bout un de ces jours.

J’aime bien l’émission Planète B sur Blast, ça ne parle pas que de livre mais de SF en général et de l’impact sur la société

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Je n’ai jamais réussi à finir cette trilogie, mais là le sujet m’a vraiment captivé.
Effectivement il faut aller plus loin pour voir les aspects positifs et les solutions que le bouquin propose.

Cette introduction m’a réellement traumatisé.

Dans mon souvenir, la trilogie martienne a une issue optimiste. Ça ne se passe pas sans accrocs, c’est l’histoire d’une révolution, mais la situation finale est positive.

Je me permets de placer cette vidéo de Bolchegeek que j’avais trouvé vachement intéressante sur le sujet : https://youtu.be/qn-2l3TbPLM?si=O2kZAxawRysOUP_T

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Bien loin de moi l’idée de dire que ces la SF qui détermine la marche du monde. Simplement j’ai l’impression complètement empirique que ça façonne l’imaginaire collectif et rend ces avenirs négatifs inéluctables et donc acceptables. Mais à nouveau, c’est une simple intuition personnelle. À priori je ne suis pas le seul à l’avoir car je vois pas mal de discours sur la question des récits en ce moment justement.

Je suis assez d’accord avec lui sur l’aspect techno solutionniste. On élude la crise pour arriver directement au résultat enchanteur. C’est chouette, mais ça ne nous donne pas de pistes sur les enjeux de notre société. C’est un peu la pilule bleue de Matrix.

C’est très joli, ceci dit.

Merci pour le partage - super interessant! Je ne connaissais pas le terme de solarpunk, et je n’ai lu dans la liste des auteur(e)s cités que Betty Chambers, et si ce n’était pas désagréable, c’était tout de même particulier.

Ce n’est pas facile d’imaginer une « histoire intéressante » s’il n’y a pas d’antagonisme.

Et les antagonismes nous inspirent nos histoires…

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Un bouquin qui a fait pas mal parler de lui il y a quelques années dans le style c’était Station Eleven de Emily St John Mandel. L’antagoniste c’est plus ou moins la société en reconstruction avec ses vieux travers et le côté solar vient de la volonté des protagonistes de promouvoir des valeurs différentes. Et ça marchait bien.

Apparemment ils en ont fait une série. Aucune idée de ce que ça vaut.

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Je l’ai vue, c’était pas mal. Effectivement, ça déroulait les standards du post-apo mais avec un truc beaucoup plus positif au travers de la préservation de la culture et du théâtre notamment, comme une tradition orale.

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Ça fait aussi partie de mes projets, d’écrire des histoires sans antagonistes. Mais ça existe :slight_smile:

Une amie autrice, Célia Chalfoun, écrit de super nouvelles comme ça. Elle a été pas mal publiée dans Solaris et ça vaut la peine d’y jeter un œil.

Sinon il y a aussi de chouettes maisons d’édition indépendantes, comme Copie gauche ( https://copiegauche.fr/ ) qui ont un vrai projet et qui ne surfent pas juste sur les tendances.

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J’ai été super étonné par ton avis, car j’ai exactement l’avis inverse :smiley: Pour moi ces œuvres existent et résonnent autant parce qu’elles décrivent ou ont décrit des dynamiques avec une lucidité que le discours politique ou médiatique n’a même pas encore aujourd’hui.

La SF n’a pas créé ou légitimé la surveillance de masse, la privatisation du vivant, la mainmise des grandes entreprises ou l’explosion des inégalités ; elle les a vues venir, parfois avec des décennies d’avance. Hors SF également, sur d’autres aspects sociétaux, je suis abasourdi par le côté visionaire de types comme Jack London ou Romain Gary.

À mon sens, le problème n’est pas que ces récits aient « normalisé » ces avenirs sombres, mais que trop peu de gens les aient vraiment lus, compris ou pris au sérieux. Beaucoup de signaux d’alerte ont été envoyés très tôt, vus par ces auteurs et extrapolés dans leur vision du futur, et on les voit maintenant se réaliser. Mais ils sont restés confinés à un public relativement restreint, beaucoup trop restreint. Si ces imaginaires avaient réellement infusé dans l’ensemble de la société, on aurait peut-être réagi plus tôt sur la surveillance numérique, la marchandisation de biens communs comme l’eau, l’air ou les terres, ou encore le pouvoir démesuré des grands groupes.

Je te rejoins par contre sur le besoin de voir et lire d’autres mondes et d’autres vies possibles. Je vais regarder un peu ces auteurs que vous conseillez, des feel good bouquins après les feel good séries, ça fera du bien :smiley:

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