Délice Paloma

Je suis allé voir Délice Paloma au ciné avant hier.

Ce film dresse le portrait de Mme Algéria (incarnée par la star locale Biyouna), truculente femme d’affaires algérienne à la tête d’une entreprise familiale mafieuse spécialisée dans le règlement des petits soucis de la vie quotidienne: constats d’adultère, escortes féminines, concurrence entre établissements commerciaux…

A travers les péripéties de la vie épicée de cette auto-ptoclamée “bienfaitrice nationale”, c’est toute la vie algéroise qui se dévoile, entre l’animateur de la boîte de nuit branchée du coin et le tenancier aigri d’un cinéma de quartier en quête d’une danseuse.

Les acteurs tiennent parfaitement la route: [ul]
[li]Biyouna avec sa gueule incroyable, presque masculine, sa silhouette hommasse et son goût pour la gent féminine; [/li][li] sa copine Shéhérazade, bimbo défraîchie en mal de changement; [/li][li]sa soeur, sourde muette; [/li][li]son fils, beau gosse à moitié italien de père, ornithophile transi d’amour pour une Baya débordante de rondeurs et sans scrupule; [/li][li]et surtout Paloma (Aylin Prandi, qui crève l’écran), autour de laquelle tourne une bonne partie de l’intrigue: un charme désarmant tout entier concentré dans une paire d’yeux profonds comme le désert, frais comme les glaces qu’elle sert dans son salon de thé. (Plus accessoirement, un corps et un c** prompts à faciliter la circulation sanguine dans toutes les extrémités de l’organisme…)[/li][/ul]

Tout ce petit monde se frotte à la vie, se croise, se dispute, s’aime, comme dans toute comédie. J’ai vraiment bien aimé cette incursion dans une société que je ne connais que par les informations des dernières années sur la montée des fondamentalismes et les actes de violence qui s’en sont suivi.
Je regrette toutefois que mes inquiétudes sur la participation d’organismes publics algériens au projet se soient révélées fondées:[ul]
[li]Nulle critique sociale approfondie dans cette oeuvre, [/li][li]un traitement superficiel, subliminal, de la question de l’homosexualité féminine en Algérie aujourd’hui, [/li][li]une vision somme toute complaisante sur le retour du traditionalisme religieux (Le mari bien barbu de Shéhérazade lui impose le port de la burka pendant le temps d’incarcération de Mme Algéria. Celle-ci se moque gentiment de son amie à sa sortie de prison, mais l’analyse ne va pas plus loin.) [/li][li]De même, la référence aux années de “terrorisme” fait très politiquement correct dans un pay où les intégristes ont été instrumentalisés pour détourner le regard de la main mise opérée par le pouvoir militaire et politique sur les riches champs pétrolifères du sud…[/li][/ul]
Bref, une très belle comédie dramatique approuvée par les instaces nationales, mais certainement pas la virulente critique sociale que le talent du réalisateur, Nadir Moknèche, aurait pu ambitionner d’atteindre, et qui aurait transformé ce film en une oeuvre magistrale, à mes yeux. Mais en l’état, je le recommande chaudement.

Ca fait une semaine qu’on doit aller le voir avec ma mère, tu vas réussir à me motiver pour qu’on y aille ce soir. B) Par ailleurs, si tu t’y connais en cinéma algérien, n’hésite pas à dresser une petite liste de films à voir!

Arf! Désolé, tu présumes malheureusement beaucoup de mes capacités! B)
Je me laisse trop souvent entraîner dans des productions faciles, du fait de mon abonnement à UGC Illimité, au détriment de la scène indépendante.
C’est très mal et j’ai très honte…

[quote=“Shiriu, post:3, topic: 34775”]Arf! Désolé, tu présumes malheureusement beaucoup de mes capacités! B)
Je me laisse trop souvent entraîner dans des productions faciles, du fait de mon abonnement à UGC Illimité, au détriment de la scène indépendante.
C’est très mal et j’ai très honte…[/quote]

Ah non mais y a aucune honte à avoir. ^^ En fait c’est juste que comme tu avais l’air au courant de la façon dont a été financé le film, je me disais que tu connaissais un peu le cinéma algérien. Moi avec un UGC illimité je serais déjà aller voir DOA, ou même pire, Pirates de Caraïbes 3! (gentil troll hein sur PoC3, no offense pour ceux qui ont aimé B) ).

Tu peux lire tout le “bien” que je pense de DOA sur le post ouvert à cet effet… B)
Quant au financement du film, c’est inscrit dès le générique. Héhé…
Mais rien que pour la belle Paloma, ça vaut le coup. Cette fille est une perle.