IA, éthique, tout ça

Je comprends ton point, mais pour moi, ça illustre justement ce que je disais. Les LLM sont tout à fait capables d’utiliser ce type de possibilités. Il n’y a donc plus vraiment besoin de continuer à apprendre à le faire “à la main”.

Donc selon moi, un étudiant en info actuellement n’a plus vraiment besoin d’apprendre à écrire du C ou de connaître les subtilités de comment interfacer du code C dans une lib Python. Par contre, il a un besoin d’acquérir une intuition algorithmique et de connaître des ordres de grandeur.

Il faut qu’il sache par exemple que parser 100 000 lignes de texte ne doit pas prendre 1 minute. S’il a cette exigence en tête, face à un code généré trop lent, il lui suffira de prompter : « C’est trop lent, trouve une approche plus performante » ou de l’orienter techniquement s’il a la culture pour. Le LLM fera le boulot chiant d’implémentation et il se concentrera sur les critères d’acceptation et les performances.

L’approche algorithmique reste pour moi le meilleur vecteur d’un code qui marche (on n’oublie pas de cas) et qui marche bien (performant).

Estimer un temps de traitement, c’est un peu abstrait pour un dev junior et puis le jour où on passe d’un serveur bien velu à du code exécuté sur le poste local, il sera perdu.

L’approche alogo, ce serait genre est-ce qu’il faut vraiment parser 100 000 lignes ? Est-il mieux de le faire ligne par ligne ou pas ? On lit ligne par ligne l’entrée ou on monte tout en mémoire avant de parser ?

Si on sait faire les bons choix en tant que dev expé, on saura dire au LLM qu’il faut qu’il fasse differemment, sinon on fera juste de la merde plus vite.

Sinon, pour revenir à l’article, il semble que pour un résultat efficace, la plupart multiplient les agents (code, review, tests, supervision), c’est peut-être hyper efficace et imbattable, mais v’là la débauche d’énergie pour remplacer une ressource humaine seule.

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Ce que tu dis sur les craintes passées à chaque évolution du niveau d’abstraction, qui se sont révélées injustifiées, est vrai; mais la différence avec les LLM et le langage naturel, c’est qu’on touche cette fois à l’expression même des humains. C’est le dernier niveau d’abstraction avant l’ultime, celui de la connexion neuronale directe.

Les études récentes mettent déjà en évidence les déperditions cognitives des étudiants qui ont grandi biberonnés à ChatGPT. C’est de ça dont je parle, moi. Le langage formatte la pensée, pas l’inverse. Perte de capacités de lecture et d’expression par manque d’utilisation de ces capacités cognitives au profit des LLMs = perte de ces capacités cognitives.

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Je suis bien sur tout à fait d’accord avec l’idée que le langage formate la pensée. Par contre, je ne suis pas sûr que ce soit vraiment l’utilisation des LLMs qui cause cette déperdition cognitive.

Cet appauvrissement massif du langage, on le constate malheureusement depuis de nombreuses années déjà. C’est plutôt selon moi le résultat des réseaux sociaux, des formats ultra-courts, et d’un appauvrissement global du discours dans les médias (meme dans les grands journaux on constate un vrai appauvrissement) ou même dans la classe politique. On a progressivement habitué une grande partie de la population à se contenter de 500 mots de vocabulaire, bien avant que ChatGPT n’existe.

Et je me demande meme si, en utilisant « bien » les LLMs, ce ne serait pas au contraire une occasion de redécouvrir toute la richesse et la subtilité de nos langues. Pour qu’un LLM te sorte un résultat précis et complexe (surtout en dev), tu ne peux pas lui faire une demande floue avec un vocabulaire pauvre. Il faut structurer sa pensée, utiliser les mots justes et faire preuve de nuance.

Ça revient au même schéma qu’il “suffit” de bien se servir de l’outil pour bénéficier de toutes les vertus de celui-ci. La majorité possède un smartphone, donc accède à Internet, et peut ainsi s’en servir comme un formidable outil culturel, de savoir. Un outil qui, utilisé avec mesure et de manière raisonnée, permet d’avoir une population de citoyens éduqués, éclairés, capable de faire valoir ses droits et d’en ressortir épanouie.

C’est bien sûr ce qui se passe, hein ?

Hein ? (meme d’Anakin)

Derrière ce troll se cache mon désaccord, il est absolument impensable à mon sens de léguer l’intégralité de la responsabilité à l’échelle individuelle de l’appauvrissement des facteurs cognitifs, alors que ce sont les entreprises privées qui ont décidé de balancer ça à tout le monde, sans aucune, et je dis bien AUCUNE, considération éthique, citoyenne, morale ou éducative pour les sociétés, qui n’avaient rien demandé.

Faut voir l’état psychologique du corps enseignant, on a touché le fond des Enfers.

Maintenant on y est, on va creuser encore plus les inégalités, les favorisés s’en serviront correctement (et encore) et les autres vont juste toucher le fond et délivrer une partie de ce qui nous constitue intellectuellement à des boîtes noires gérées par des mégacorp. Chouette.

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Si le corps enseignant a touché le fond aujourd’hui comme tu dis, je ne pense pas que ce soit principalement la faute des boîtes tech. Pour moi, c’est surtout le résultat de 20 ans d’aveuglement. Ça fait plus de deux décennies que la technologie prend une place énorme dans nos vies, et la seule réponse des ministères successifs a été de faire de la “com”.

On a installé des tableaux numériques dans les classes sans aucune vision claire de comment les profs devaient s’en servir, on a tenté de remplacer des manuels papier par des tablettes… mais sans jamais remettre en cause la manière d’enseigner et ce qu’il etait pertinant d’enseigner au 21eme siecle. On a juste mis un coup de peinture numérique sur un vieux système. Avec l’arrivée des LLM, cette urgence de tout repenser ne fait que s’accentuer.

Après, on peut chercher des coupables et dire quand meme que c’est la faute des mégacorpos qui ne pensent qu’au profit sans aucune morale éducative. C’est vrai. Mais le truc, c’est que ces technos sont là, qu’on le veuille ou non.

Du coup on fait quoi ? Soit on pointe du doigt le mechant capitalisme, on se plaint des GAFAM et on attend sagement l’arrivée du “Grand Soir” (spoiler alert : ça n’arrivera pas, et je ne suis même pas sûr que ce soit souhaitable). Soit on se dit qu’il est plus que temps d’arrêter les rustines et de transformer profondément la façon d’enseigner pour intégrer ces évolutions technologiques. Parce que de toute façon, comme tu le dis les élèves y ont déjà tous accès dans leur poche mais les utilisent tres mal parce qu’on en leur a jamais appris comment bien les utiliser.

Sauf que c’est méconnaître la manière qu’a le cerveau des enfants de se former et l’apprentissage par écrans va précisément dans le mauvais sens. Le cerveau humain a besoin de ses pairs (un bébé face à un humain qui grimace finira par l’imiter, le même face à un écran montrant un humain qui grimace ne réagit pas), a besoin de proprioception (d’où la conservation de l’apprentissage du geste d’écriture par exemple) pour ancrer des choses. Et ce ne sont que deux courts exemples de ce qui fait que passer par un enseignement uniquement numérique est un non-sens.
Vingt ans que j’enseigne à des jeunes enfants (j’ai fait la majorité de ma carrière en CP) et j’ai aujourd’hui fait quasiment la moitié avec un tableau à craie et l’autre moitié avec un TNI. Le gain efficace chez les enfants est NUL, une fois passé le côté pseudo-ludique de déplacer des objets-étiquettes sur l’écran (ce qu’ils faisaient tout aussi bien avec des étiquettes papier). Le seul gain a été de mon côté : la préparation de cours, étant moi-même plutôt un « geek » à mon modeste niveau, s’en est trouvé ultra-simplifé, et je ne parle pas d’aujourd’hui où les éditeurs fournissent des diaporama ultra-chiadés avec les méthodes. Si je résume l’apport des TNI en classe :

Points positifs :

  • temps de préparation réduit pour l’enseignant, à condition d’être à l’aise avec la bureautique (je passe mon temps, encore en 2026 à dépanner/conseiller/aider mes collègues perdus)
  • les éditeurs se font des couilles en or (coucou Bolloré)
  • interactivité gadget mais parfois pratique

Points négatifs :

  • surface de travail réduite, passer d’un tableau double battant à un TNI a diminué la surface quasiment de moitié
  • dès que le soleil tape, plus personne ne voit rien, même quand ce n’est pas directement dessus
  • pannes, vu qu’ils ont viré les tableaux à côté, quand ça tombe en rade, et croyez-moi, ça arrive trop souvent, c’est panique à bord, tout ce que tu as préparé s’effondre et tu passes la journée de l’enfer la pire de ta vie
  • corollaire de la panne : grande dépendance à tout un tas de services, internet, électricité, mise à jour de logiciel qui pète tout, la femme de ménage qui t’éteint le TNI le soir alors que tu avais tout préparé pour le lendemain et que ça prend des plombes à rouvrir au matin, services informatiques passablement incompétents et qui imposent des restrictions contreproductives (je ne peux même pas installer les drivers moi-même pour connecter un collègue au copieur/imprimante de l’école, il faut que le type se déplace, au mieux le lendemain, avec sa petite clé USB, MAIS PUTAIN FILE-MOI LE TRUC SOUS TA SUPERVISION ET LAISSE MOI FAIRE!)
  • complètement inadapté aux cours multiples, cette année en CP/CE1, quand je travaille avec un groupe classe, je ne peux rien laisser affiché pour l’autre groupe, car la surface est trop petite et que les outils fournis par les éditeurs ne sont pas adaptés à un écran scindé (ou on se retrouve avec une vignette ridicule)
  • et le dernier point : ça coûte un « pognon de dingue », pour un résultat, je le répète, quasiment nul, des sommes faramineuses qui pèsent sur le budget éducatif sans apporter aucune réponse aux défis qui sont les nôtres.

Désolé pour le HS.

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C’est justement ce que je disais. Ce déploiement de tableaux numeriques est juste de la “poudre aux yeux” pour faire croire qu’on prend en compte les évolutions technologiques.
Et je suis bien d’accord que mettre des CP devant encore plus d’écran n’est pas du tout la bonne solution (et mon propos est plutot pour le collège/lycée). Mais c’est pour ca que je parle d’un besoin de repenser profondement ce qu’on enseigne et comment on l’enseigne et pas de continuer à faire semblant avec quelques gadgets technologiques qu’on ajoute dans les classes qui a eux seuls n’ont aucune chance de former correctement les élèves à appréhender et bien utiliser les technologies qui les entourent.

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Je commence à être convaincu que les LLM, pour l’apprentissage brut/scolaire, sont des gadgets “poudre aux yeux”. Créant l’illusion de la connaissance, l’impression de savoir, car il by-pass toutes les ramifications nécessaires, le die&retry qui permet l’ancrage.

Que ce soit avec un custom LLM en mode prof, ou non. Pas sur que devoir lutter avec la flemme et l’envie d’avoir la reponse direct soit efficient pour un gamin. On verra bien, j’ai pas de réponse, j’ai pas la soluce pour l’éducation de demain, ce que je sais c’est que j’ai 2 gamins et que ce qui arrive me soule plus que tout

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AMHA le problème n’est pas ici dans les méthodes d’éducation, mais dans l’appropriation que s’en sont fait les collégiens/lycéens pour se faire faire le boulot par l’IA, donc à leur place.

Bien souvent ce n’est pas le résultat qui importe, mais la démarche pour y arriver, et ne plus avoir à chercher, à comprendre, fait baisser les capacités cognitives.

Sans compter que hors cercle scolaire, les jeunes se servent aussi massivement des LLM comme un moteur de recherche ou un chatbot qui repond à tout type de questions (ce qu’ils ne sont pas).

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C’est surtout que le plus fort vecteur d’apprentissage est de découvrir ou résoudre par soit même quelque chose de compliqué qui paraissait impossible.

Avec ChatGPT, c’est fini. Il ne reste que la répétition qui est l’aspect qui marche le moins bien et fatigue les élèves comme les profs.

Oh, oui, ça fait un bail que divers éléments érodent le développement de certains processus cognitifs des gens, mais penser que les LLM n’y sont pour rien, c’est ignorer les études récentes (la plus connue, MIT, décembre 2025, une autre de Juillet 2025 chez les Chinois du département neurologie pédiatrique de l’Hopital pour enfants de Anhui et du Département d’ingénierie de l’université de Hong Kong, et une troisième, connexe et qui va dans le sens de ce que j’explique tout en ratant les impacts long terme en se centralisant sur la division individuel/collectif, Juillet 2024, Université de Exeter BS et UCL School of Management).

Ce n’est pas aussi undimensionnel. Les LLMs et la genAI en général remontent le plancher des capacités de production des mauvais et des moyens, artificiellement car beaucoup parmi ceux-là n’en tirent que des progrès marginaux et éphémères, tout en descendant le plafond global de la création humaine, dans ses dimensions d’innovation, de diversité et de qualité, pas seulement par manque d’entraînement des humains qui se reposent sur ces outils, mais aussi par exposition et normalisation des goûts comme des capacités d’appréciation et même d’identification des qualités d’une production, dans la mesure où les modèles de genAI sont à la base entraînés pour produire un aggrégat moyen de leurs matériaux d’entraînement, aussi pluriels et vastes soient-ils (par conséquent, les innovateurs des arts de la littérature ou de l’image, les écoles marginales, etc. sont dilués au milieu de la masse de ces matériaux, plutôt que promus ou proposés aux utilisateurs, dans les résultats générés. Le coût illusoirement faible de cette production à l’acte individuel, couplé avec la rapidité à laquelle on obtient ces générations, produit en masse des matériaux qui à leur tour renforcent la normalisation en étant exposés de plus en plus souvent à la population ET en intégrant les matériaux des campagnes d’entraînement de modèles subséquentes).

Oui. Et cette structure, cette précision sémantique, et cette nuance, tu ne la développes pas en utilisant des LLMs. Ou en tout cas, pas passé un certain stade, relativement bas et surtout normalisé. La curation humaine est un élément indispensable de l’extension des goûts, et au développement de visions uniques chez certains individus.

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Dans les trucs vraiment pas éthiques, direct Robin Williams où sa fille Zelda a déjà gueulé assez qu’on laisse son père en paix, ça donne le ton. Magie quand on te sort “si les ayant droits ne se sont pas manifestés”, comme d’habitude, c’est “on viole le droit et on s’excusera après avoir fait de la thune”.

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a soccer player wearing a blue adidas jersey with the number 9 on it

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Ça me paraît un peu gros pourtant on n’est pas le 1er avril:

hello, je viens apres la bataille. Mais en Mars 2025 le test de turing est devenu obsolete, en chat et en audio non ? Cela devient quasi impossible de faire la difference.

existe t il un autre test ?

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Ça me rend fou :laughing: