Tu peux demander à @Cafeine quand j’ai commencé à placer fermement ce pronostic. Moi-même je ne m’en souviens pas exactement, mais ça se compte en années, depuis même avant le premier mandat de Trump. Silver lining: il y a une sorte d’ataraxie à reconnaître la défaite des lumières, plutôt que de croire qu’elles puissent ressusciter au détour de quelques scrutins éclairés et éclairants.
Évidemment, c’est plus facile pour moi vu que j’ai pas de bambins; mais en tout cas, pour quiconque a mis un peu le nez dans la sociologie, les sciences politiques, la neuroscience et la psychologie, la perspective de cet amère constat change - il est en réalité surprenant que la bêtise humaine (qu’elle soit induite par une stupidité traditionnelle ou des biais cognitifs et culturels plus sournois et complexes) n’ait pas sappé plus tôt les fondements démocratiques et progressistes de l’après-guerre. « We did have a good run afterall ».
Le problème est qu’il ne s’agit pas que de le penser. Il ne s’agit pas que de logique. Il ne s’agit pas que de raison. Malgré ses héroiques tentatives de s’en affranchir, l’humain reste un animal qui n’a pas évolué depuis 45 000 ans.
Ce n’est pas parce qu’une bataille est quasiment perdue qu’elle ne vaut pas la peine d’être livrée. C’est aussi ça la grosse erreur de la majorité des cultures humaines; et le paradoxe fascinant du masque à oxygène dans les avions. Tu livres bataille avant tout pour te sauver toi-même (ta conscience), avant de pouvoir sauver les autres. Et l’égoisme qui fait profondément partie de la nature humaine n’est pas dépourvu de vertu. L’altruisme n’existe pas et n’a jamais existé - et c’est pas grave, on croit bien assez à des illusions pour continuer avec celle-ci. Faire du bien aux autres fait du bien à soi; c’est égoïste, mais c’est éthique.
La représentation des idées progressistes, socialistes, et de ce qu’on appelle finalement « les lumières » a déjà gagné maintes fois par le passé et on ne peut pas regarder la fluctation historique des indicateurs démocratiques et progressistes ces 80 dernières années et penser ce que tu écris, à mon avis. Par ailleurs, le fait que nous ayons plus qu’amorcé un virage vers les ténèbres et que je fasse moi-même partie des pessimistes qui pensent que notre civilisation actuelle ne survivra pas jusqu’à la fin du siècle (en tout cas pas sans une redistribution drastique des cartes économiques, sociales, scientifiques et culturelles) n’est pas antinomique avec le fait que la logique républicaine de la représentativité a grosso-modo été respectée. Mais peut-être que le plus dur est d’accepter que la stupidité s’inscrit dans cette représentativité, et que dès lors, il convient d’accepter qu’elle puisse ruiner le rêve républicain. Ce rêve porte en lui, comme tout autre chose de l’univers, les racines de sa propre destruction.
Je suis de tout coeur avec ton message, mais ça, là, on s’en branle. Être factuel n’a jamais été suffisant pour démonter à l’échelon global des nations, des régimes, des idéologies ou tout autre substrat de l’action humaine. Jamais, de toute l’histoire humaine.
Merci. Il faut comprendre ça, si on veut comprendre tout le reste.