Est ce que adaptation d'un livre en francais signifie reecriture?

Je suis en train d’essayer de faire comprendre mon point de vue sur la traduction/adaptation de livres en francais a un pote, et celui ci est evidement pas d’accord avec moi, et je n’arrive pas a comprendre (et/ou accepter B) ) son point de vue. Je pense donc je me m’exprime mal et je vais, de part ce post, essayer de vous faire part de tout ca.
Je tiens a preciser que je me fous de savoir qui a raison ou a tort, je m’interesse plus a votre avis perso.

Mon pote (que l’on appelera gilles - parce que j’ai envie et que je suis un peu dyslexique - il comprendra :smiley: ) considere le terme adaptation de maniere tres large. Pour lui, on peut parfaitement reecrire le bouquin entier en gardant l’univers mais avec une maniere de le dire differente d’une traduction classique. Exemple, quand je lui dit que le volume 1 de harry potter n’est pas complet (ie il y a des phrases voir des paragraphes qui ont ete zappe), il considere ca tout a fait normal, faisant parti du processus d’adaptation en francais.

Je ne suis pas du tout de cet avis. Je considere qu’une traduction/adaptation francaise doit etre tres proche de l’original, sans pour autant faire de la traduction mot a mot. Exemple au tout debut de Potter 7 (nan c’est pas un spoiler)

[quote]_News?
_The best.[/quote]
Il me parait evident que je vais pas traduire ca comme ca:

[quote]_Nouvelles?
_les meilleures.[/quote]
(vu dans une trad pirate de HP7, GARK)
Une traduction/adaptation francaise serait plutot:

[quote]_Bonne nouvelle?
_Excellente.[/quote]
(attention, on peut surement faire mieux mais c’est pour expliquer un truc)
Ici, j’adapte en francais le contexte et je le modifie aussi un peu puisque dans la VO, c’est « news? » et pas « good news? ». Toutefois, ce n’est pas acceptable en francais d’ou la necessite d’adaptation et de modification.
Ca reste proche du « flux » de l’original. C’est parfaitement normal

En revanche, une adaptation de ce type sera, a mon sens, non acceptable:

C’est ici ou je considere qu’on est plus dans une adaptation (dans le but de traduire un texte etranger) mais une reecriture. C’est un nouveau texte francais base sur un livre etranger.

Adapter un texte pour le rendre francais, je peux comprendre mais le modifier (ou virer des passages) de maniere importante, je n’arrive pas a comprendre.

Et vous?

Note: Volontairement, je ne parle pas de la traduction des noms des personnages. C’est tres controverse et particulierement casse gueule car on peut tous avoir une vision differente a ce sujet. On va donc se limiter a l’histoire :smiley:

LoneWolf
je ramasse les copies dans 4 heures B)

Un dicton italien résume parfaitement ce (vieux) problème: “traduttore, traditore” B)
En gros un traducteur est toujours un “traître” car il ne peut jamais vraiment retranscrire exactement ce qu’a voulu dire l’auteur original. De là à dire que toute traduction demande forcément une réécriture je suis de ton avis Wolf: c’est un nouveau texte. Je ne conçois pas qu’on coupe des phrases ou des paragraphes au nom de la “traduction”.

Pour moi, il est évident que le traducteur se doit de respecter le style de l’auteur.

Traduisant souvent des documents je peux dire que certaines tournures des phrases doivent être entièrement réécrites (mais coller toujours parfaitement au contexte général) et adaptées au milieu culturel et linguistique auquel elles sont destinées. Mais zapper des passages et des paragraphes, jamais.

+1 pour Glasofruix B). Je suis pour ma part d’accord sur l’idée qu’il faut parfois remanier les phrases, changer l’ordre des mots, l’anglais étant une langue très différente du français sur certaines tournures (cf. les expressions alliant verbe et adjectif (“to mingle down”), le genre de trucs intraduisible sauf par une périphrase, très souvent). Cela vaut pour des exemples de traduction avec d’autres langues.

Quant au respect du style de l’auteur, je suis aussi tout à fait d’accord. Aucun élément du texte ne peut être amputé ni ajouté (sauf passage obligé, par exemple précisions sur un nom issu d’une culture purement étrangère au lecteur, etc.). Cf. Freddy Michalski, excellentissime traducteur de l’écrivain américain Chuck Palahniuk, qui arrive à rajouter entre parenthèses des précisions, tout en se fondant dans le texte, et qui a su capter le style de Palahniuk pour le retranscrire en français malgré les modifications.

Pour moi, un traducteur n’est pas une machine, mais un homme. Il doit connaître l’auteur de qui il traduit l’oeuvre, savoir ce qui transparaît dans le texte et savoir aussi le retranscrire dans la langue d’adaptation. Tout en ne bousillant pas le texte d’origine. Un dur métier tiens.

Tout à fait d’accord. J’ajouterais que le travail de traduction n’est pas le même selon les styles littéraires et les oeuvres en question. Plus le matériau original joue avec les références culturelles ou les mécanismes propres de la langue, plus le traducteur doit s’efforcer d’identifier le “but à atteindre” en prenant du recul par rapport à une transposition classique.
Je me souviens d’une note du traducteur d’une nouvelle d’Edgard Poe (Le scarabée d’or, il me semble) expliquant qu’une blague faite par un personnage étant totalement intraduisible, il ne s’y était pas essayé.

Dans un autre registre, Douglas Hofstadter, dans Gödel Escher Bach joue énormément avec les mécanismes des langues française et anglaise pour illustrer les modes de raisonnement logique. Tout le préambule de son oeuvre t’intéresserait directement, dans la mesure où il explique pourquoi il avait tenu à superviser personnellement tous les travaux de traduction en langue française afin de préserver le “génie” propre de cette dernière. En conséquence de quoi, certains passages du bouquin diffèrent radicalement entre les versions anglaise et française.

Hofstadter termine en ajoutant que la substance même de son ouvrage, “projetée” dans le plan lexical par chaque traduction à la façon d’une ombre chinoise sur un écran, ne pourrait être appréhendée qu’en le lisant dans toutes les langues possibles, afin d’atteindre “la substantifique moelle”.

Donc, à mon sens, une oeuvre qui ne s’attache pas principalement à la poésie intime de la langue devrait être traduite au plus proche (aux tournures de langage près, bien entendu), tandis que les formes artistiques plus élaborées demanderaient un recul supplémentaire afin de coller à l’esprit, et non à la lettre, du texte original.

En espérant avoir été clair… B)

[quote=“Shiriu, post:6, topic: 34840”]Tout à fait d’accord. J’ajouterais que le travail de traduction n’est pas le même selon les styles littéraires et les oeuvres en question. Plus le matériau original joue avec les références culturelles ou les mécanismes propres de la langue, plus le traducteur doit s’efforcer d’identifier le “but à atteindre” en prenant du recul par rapport à une transposition classique.
Je me souviens d’une note du traducteur d’une nouvelle d’Edgard Poe (Le scarabée d’or, il me semble) expliquant qu’une blague faite par un personnage étant totalement intraduisible, il ne s’y était pas essayé.[/quote]
Je pense d’ailleurs que c’est pour ca que potter est aussi criticable avec ces morceaux tronques: c’est un livre pour enfant. Donc les gosses, qu’ils aient l’histoire en entier ou pas, peu importe.
Il est important de preciser (je pense) que les potter en VF n’ont pas la mention “texte integral” comme beaucoup d’autres livres traduits. C’est peut etre du a un choix delibere de l’editeur et pas du traducteur.

C’est de mon point de vue l’ideal. Tous les auteurs n’ont pas (ou ne veulent pas) forcement le temps de faire un tel travail post publication original.

Bon plus je vois les reponses, plus je me dis que je suis pas vraiment au bon endroit pour avoir des visions differentes des choses. Il y a peu de geekzoniens qui se foutent de la trad qui et veulent juste lire une histoire, qu’elle soit complete ou non. Parce que finalement, ils sauront meme pas qu’elle est pas complete. Gilles (mon pote donc, suivez, je vais pas tout le temps repeter B)) a l’habitude de voir les films en VO (pour le jeu des acteurs) mais prefere lire les livres en VF, parce qu’il considere les passages manquant comme peu important.
Est ce qu’il y en a ici dans ce cas la?

J’aurais presque du faire un sondage tiens.

LoneWolf
En tout cas, les avis sont interessants, continuez! B)

Je trouve que le problème se pose encore plus lors de la traduction de poésie.
Et là je prends un super exemple : la Divine Comédie de Dante.
Je l’ai lu il y a quelques années, et j’ai bien cru que mes yeux et mon sens des sonorités allaient en souffrir. Pourquoi ? Parce que les rimes originelles… ne riment plus. Tout ça à cause de la traduction, mais grâce à ça, on a un sens très proche de l’original, au détriment de la musicalité.
J’ai vu qu’une nouvelle version était sortie, entièrement réécrite pour justement avoir cette musicalité des vers et des mots entre eux, mais certainement au détriment du sens. Néanmoins, je préfère une telle version, car elle est plus agréable à lire.

Pour moi les mots ne sont que la forme du récit, et les tournures de phrase aussi. Heureusement, il y a beaucoup de tournures différentes pour exprimer un même fond, c’est là que la traduction où la réécriture est nécessaire marche.

[quote=“Darpich, post:8, topic: 34840”]Je trouve que le problème se pose encore plus lors de la traduction de poésie.
Et là je prends un super exemple : la Divine Comédie de Dante.
Je l’ai lu il y a quelques années, et j’ai bien cru que mes yeux et mon sens des sonorités allaient en souffrir. Pourquoi ? Parce que les rimes originelles… ne riment plus. Tout ça à cause de la traduction, mais grâce à ça, on a un sens très proche de l’original, au détriment de la musicalité.
J’ai vu qu’une nouvelle version était sortie, entièrement réécrite pour justement avoir cette musicalité des vers et des mots entre eux, mais certainement au détriment du sens. Néanmoins, je préfère une telle version, car elle est plus agréable à lire.

Pour moi les mots ne sont que la forme du récit, et les tournures de phrase aussi. Heureusement, il y a beaucoup de tournures différentes pour exprimer un même fond, c’est là que la traduction où la réécriture est nécessaire marche.[/quote]
Ouais mais non. Quand tu veux faire passer une idée et la différencier d’une autre fort proche les mots sont plus que la forme du récit. Exemple pour illustrer: foi et croyance, dans le dessin animé des Transformers on s’en tape mais dans un roman comme le nom de la rose c’est capital. Tu perds soit le sens, soit le flux. Perso, ça dépend de la valeur intellectuelle que j’accorde à l’oeuvre ; dans le cas d’un poème… hébé c’est bien d’avoir les deux à défaut de parler la langue parce que c’est dommage de perdre la musique : ) (et encore, dans ce cas précis, je pense pouvoir dire que je suis presque bilingue anglais - juste un peu perdu mon parler depuis quelques mois - mais comprend-on vraiment un discours dans une langue qui n’est pas notre langue maternelle? saisit-on vraiment les nuances et le contexte? j’ai presque envie de dire la même chose d’un discours dans notre langue maternelle: on ne comprends pas tous tout de la même manière… parce qu’on a pas la même vision de la langue ou parce qu’on a associé un autre ressenti à ce qui est décrit? est-ce simplement linguistique ou émotif? honnêtement plus j’y pense plus j’ai d’affreux doutes… surtout que la lecture c’est quand même un sacré boulot d’imagination pour le cerveau (et vu comment certains écrivent je me demande ce qu’ils comprennent à ce qu’ils lisent)).

Sinon “trouver que c’est pas grave d’enlever quelque chapitres qui servent à rien parce que c’est une adaptation”… mouiii… pour quelle espèce de raisons est-ce qu’il faudrait débattre du bien-fondé d’un tel point de vue ? Chacun trouve son plaisir là où il est mais bon… ça s’appelle quand même du massacre.

Entre la traduction d’une oeuvre de fiction et celle d’une écriture en vers, il y a tout de même un monde. B) L’un est tout à fait faisable en gardant à la fois le sens et en ayant un style assez proche de l’écrivain original (pour la plupart des oeuvres, et à condition que le traducteur soit pas un pied), l’autre est un véritable défi qu’il vaut mieux ne pas relever si on veut conserver sa santé mentale. Je n’ose pas imaginer le supplice du traducteur, parfaitement conscient de la perte intrinsèque à la traduction, mais qui doit quand même arriver à un résultat qu’il juge lui-même “suffisant” (ce qui est un aveu d’échec quelque part)… Pour y arriver je pense qu’il faut vraiment vraiment (vraiment) avoir l’envie de faire partager une oeuvre à un public, tout en sachant que celui-ci ne pourra avoir les mêmes sensations qu’avec l’oeuvre originale. Paradoxal ?

Dans l’idéal je dirai que je préfère autant que l’oeuvre soit aussi proche que possible de l’original tout en gardant bien entendu le sens profond de celle-ci. L’idée même de tronquer un livre me parait être une abomination sans nom, malheureusement sans lire les originaux on ne s’en rendra probablement pas compte pour la plupart.

Au-delà de ces considérations il faut aussi noter que chaque traducteur a son style propre et même en y méttant la meilleure volontée un texte identique a l’origine ne sera jamais traduit au mot prés par deux personnes différentes. (cf La roue du temps, j’y ai totalement perdu mes petits au changement de traductrice… :confused: )

Pour faire court je suis de ton avis LoneWolf (et aussi de celui de la plupart des intervenants ici). Un traduction, ça n’est ni du mot à mot, ni du “proche de l’original et c’est pas grave si on change complètement un paragraphe entier”.

Ca doit rester le plus proche possible dans le fond évidemment, et remanier la forme si nécessaire (tournures de phrases différentes d’une langue à l’autre, références culturelles…) quitte à mettre des notes de traduction en bas de page (ça existe, c’est fait pour, autant que ça serve plutôt que de massacrer une oeuvre).

Une question me passe par la tête : est-ce que quelqu’un s’est risqué à traduire “La disparition” de Georges Perec ? B). Est-ce tout simplement faisable ?
Je ne pense pas que cela soit vraiment traduisible, et je pense que ca illustre bien le fait qu’un roman, écrit pour son histoire, ne peut pas se traduire de la même manière qu’un poème ou qu’une chanson (pour lesquels la forme est plus importante que pour un roman “classique”).

Oui.

A Void (Gilbert Adair), A Vanishing (Ian Monk).

Waouh. En gardant le sens ? B). En tout cas chapeau aux traducteurs.

[quote=“LoneWolf, post:1, topic: 34840”]Je ne suis pas du tout de cet avis. Je considere qu’une traduction/adaptation francaise doit etre tres proche de l’original, sans pour autant faire de la traduction mot a mot. Exemple au tout debut de Potter 7 (nan c’est pas un spoiler)

Même pas besoin de rajouter “bonne” pour la traduction B) (La langue anglaise possède un déterminant “The”, la langue française contient plein d’articles contractés, définis, indéfinis… autant les utiliser) :

[quote]- Des nouvelles ?

  • Excellentes.[/quote]

J’ai repis ton exemple pour signifier que, comme vous, je préfère une adaptation au plus proche de l’original.

La remarque de duduleLECHAT est super interessante et montre a quel point le contexte est primordial.

Je n’ai pas explique le contexte et c’est pour ca que j’ai precise que la traduction de l’exemple pouvait etre ameliore.

Tu as considere « news » en lui meme, mais il n’existe pas (a ma connaissance) de singulier pour « news » en anglais. Or il se trouve que dans le contexte du chapitre, les gens qui parlent attendent « une bonne nouvelle » (venant de cette personne) et pas plusieurs. D’apres le contexte, il faut donc considerer news comme singulier et la c’est plus complique car je dirais pas a quelqu’un « une nouvelle? ». D’ou le « bonne nouvelle? » parce que ca fait plus francais a mon sens.

Maintenant, si quelqu’un a lu le bouquin et sans faire de spoiler, je veux bien un avis different :smiley:

PS: je prenais comme exemple des livres simple comme harry potter (encore que les sorts et autre joyeusetes peuvent etre super galere a traduire) mais si vous partez tous dans des directions style poesie (voire haiku), on est pas sorti de l’auberge B)

LoneWolf
C’est complique, la traduction B)

Tiens, je suis de l’avis de ton pote gilles moi B)

Dans le cadre d’un roman, qui raconte une histoire, ce qui compte pour moi, c’est que l’histoire soit respectée. Que toutes les nuances et les faux semblants du comportement de chacun soit présent.
Evidemment, plus c’est proche de l’original et mieux c’est, mais j’accepte volontiers une suppression ou un ajout de paragraphe si ca permet de fluidifier la lecture et de mieux respecter l’idée originale.
Je suis plus sur le fond que la forme, tant que la forme ne trahis pas le fond :smiley:

Bien evidemment, dans des oeuvres ou la forme est le fond (recueille de poeme, roman ecrit en vers …), l’attention a porté sur la forme n’est pas la meme. Mais pour harry potter, ca me choque pas.

Ben,
l’enculage de mouche, ca va 5 min B)

Ok, ok, je comprend l’utilisation de “Bonne nouvelle” là B)

Faut vraiment avoir perdu un hémisphère pour, en tant que lecteur, avoir besoin d’un paragraphe en plus pour adapter un récit afin qu’il soit - soit-disant - compréhensible. Là, je réclame un exemple.

Puis c’est vrai que ça sert à rien tous ces mots et ces phrases en trop dans les livres… on devrait se contenter de résumés de quatrième de couverture ou d’Amazon ; l’éditeur ajouterait juste la fin et voilà (en plus ça fait des économies de trad. et ça permet de sortir bien plus vite les livres étrangers). En plus on pourrait faire des résu… des histoires standards genre: “les méchants meurent”, “les gentils gagnent”, “Maigret démasque le meurtrier” et… Putain je vais breveter ça.

[quote=“nolan, post:19, topic: 34840”]Faut vraiment avoir perdu un hémisphère pour, en tant que lecteur, avoir besoin d’un paragraphe en plus pour adapter un récit afin qu’il soit - soit-disant - compréhensible. Là, je réclame un exemple.

Puis c’est vrai que ça sert à rien tous ces mots et ces phrases en trop dans les livres… on devrait se contenter de résumés de quatrième de couverture ou d’Amazon ; l’éditeur ajouterait juste la fin et voilà (en plus ça fait des économies de trad. et ça permet de sortir bien plus vite les livres étrangers). En plus on pourrait faire des résu… des histoires standards genre: “les méchants meurent”, “les gentils gagnent”, “Maigret démasque le meurtrier” et… Putain je vais breveter ça.[/quote]

ca c’est un post qui invite a la discussion posée et respectueuse des idées de l’autre … Bravo !